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livres
La Turquie et le fantôme arménien

Laure Marchand, GuillaumePerrier (Actes Sud)
Préface de Taner Akcam

Sur les traces du génocide

Le premier génocide du XXème siècle reste impuni. La Turquie continue de nier les massacres de centaines de milliers d'Arméniens ottomans pendant la Première Guerre mondiale et s'efforce d'effacer les traces de ce crime.

Présents en Turquie depuis bientôt une décennie, deux journalistes, Laure Marchand et Guillaume Perrier, ont mené une vaste enquête de terrain - une première - sur la mémoire du génocide dans la Turquie d'aujourd'hui. Ils ont retrouvé des survivants, des Arméniens convertis à l'islam pour être épargnés, des descendants de Justes turcs qui ont sauvé des Arméniens, des témoignages enfouis dans le silence, des traditions et des églises qui ont survécu à un siècle de déni et d'hostilité. D'Istanbul à la frontière irakienne, de la mer Noire à la Méditerranée, les deux auteurs ont rassemblé les preuves bien vivantes et si nombreuses du génocide.

À deux ans du centenaire du 24 avril 1915, ces récits, ces reportages et ces rencontres dessinent le portrait d'un pays malade de son négationnisme, hanté par ce passé qui ne passe pas. Même si des Turcs se battent courageusement contre l'idéologie officielle, à l'instar de Taner Akçam, qui préface ce livre.

Le livre de ma grand-mère

Fethiye Çetin (Actes Sud)

Sa grand-mère avait l'habitude de répéter : "Ce n'est pas des morts qu'il faut avoir peur, mais des vivants." Ces paroles, l'avocate turque Fethiye Çetin ne les a comprises que beaucoup plus tard, quand la vieille dame lui a raconté les scènes d'épouvante qui hantaient ses cauchemars.

Dans les provinces orientales de Turquie, ces "Arméniens secrets" portent un surnom - terrible - les "restes de l'épée", a écrit Ursula Gauthier dans le portrait de l'auteur publié dans Le Nouvel Observateur en 2005.

Fethiye Çetin retrace pour les siens, pour nous, l'histoire douloureuse d'Heranus Gadarian, sa grand-mère arménienne, qui, en 1915, assista au massacre de sa famille avant d'être enlevée par un soldat turc alors qu'elle avait à peine dix ans.

Ce livre prend le lecteur au coeur, à la gorge. Il résonne tel un hymne étonnant, et magnifique, à ces familles déchirées par des massacres - ou un génocide - dont les enfants sont amenés à découvrir leurs origines au travers de révélations nécessairement douloureuses. Un livre poignant, et courageux.

Erevan

Gilbert Sinoué (Flammarion)

"Je voudrais voir quelle force au monde peut détruire cette race, cette petite tribu de gens sans importance dont l'histoire est terminée, dont les guerres ont été perdues, dont les structures se sont écroulées, dont la littérature n'est plus lue, la musique n'est pas écoutée, et dont les prières ne sont pas exaucées.

Allez-y. détruisez l'Arménie. Voyez si vous pouvez le faire. Envoyez-les dans le désert. Laissez-les sans pain ni eau. Brûlez leurs maisons et leurs églises. Voyez alors s'ils ne riront pas de nouveau, voyez s'ils ne chanteront ni ne prieront de nouveau. Car il suffirait que deux d'entre eux se rencontrent, n'importe où dans le monde, pour qu'ils créent une nouvelle Arménie."

William Saroyan

Mayrig

Henri Verneuil (Robert Lafont)

"Dieu, qu'elle va me manquer ma Mayrig !...

"C'est comme cela que l'on dit maman dans ma langue d'origine".Ce livre est né d'un coup de coeur. Le coup de coeur de plusieurs millions de téléspectateurs européens qui, après avoir vu et écouté Henri Verneuil évoquant l'enfance d'un petit émigré arménien, ont formé une grande chaîne d'amitié réclamant la suite.

Alors, l'année 1985 ne fut pas celle de son trente-troisième film, mais l'année de son premier livre. Mayrig raconte une sublime histoire d'amour avec des mots qui jaillissent spontanément d'un coeur qui n'a rien oublié. "Je réalise, avec le recul du temps, que durant toutes ces années où nous nous sommes tant aimés, jamais nous n'avons dit que nous nous aimions.Dans une commune pudeur, par crainte de souligner lourdement un état évident, permanent, irrévocable, le recours des mots paraissait dérisoire. On s'aimait de naissance."

Dans un Marseille qui est encore un tout petit peu l'Orient, avec ses tramways, sa foule grouillante et colorée, ses marchands ambulants et ses voitures à chevaux, Henri Verneuil nous décrit une enfance "au chaste appétit de grandir, une adolescence aux grandes ambitions qui dévorent et conduisent un soir aux agonies de ceux que l'on n'a pas vus vieillir, tandis que chacun de leurs cheveux blancs annonçait déjà un cimetière de printemps".

Quand on s'arrache aux dernières lignes de cette émouvante histoire, depuis longtemps déjà le cinéaste a cédé la place à l'écrivain Henri Verneuil.