fr de en
revue de presse
En 1915,on savait déjà tout du génocide!
23 octobre 2015

ARMÉNIE • Il y a cent ans, les Suisses étaient très bien informés des déportations et massacres perpétrés par le régime jeune-turc contre les Arméniens. Ils ont fourni une aide généreuse aux rescapés. La presse de l’époque en témoigne. 

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL FLEURY  - HISTOIRE VIVANTE - LA LIBERTÉ DU 23 OCTOBRE 2015

Il y a un siècle, les Suisses savaient déjà tout des atrocités que subissaient les Armé- niens en Turquie. «Il ne s’agit de rien moins que de l’anéantisse- ment systématique d’un peuple, dans l’intention arrêtée d’établir dans l’Em- pire turc la domination exclusive de l’islam», écrivait «La Liberté» en première page de son édition du 13 octobre 1915. Pourquoi la Suisse s’est-elle montrée pa- reillement solidaire à l’époque? Et pour- quoi, un siècle plus tard, la Confédéra- tion n’a-t-elle toujours pas reconnu officiellement le génocide? Les explica- tions de l’historien Hans-Lukas Kieser, professeur à l’Université de Zurich et grand spécialiste du monde ottoman. 

En 1915, le drame arménien a été relaté dans le détail dans la presse suisse. Comment expliquez-vous pareil intérêt pour ce lointain conflit, en pleine Grande Guerre?

Hans-Lukas Kieser: Pour comprendre cette focalisation médiatique, il faut se souvenir des antécédents au drame de 1915. Vingt ans auparavant, des massa- cres de grande ampleur avaient déjà été perpétrés contre les Arméniens de l’Empire ottoman. C’était entre 1894 et 1896, sous le régime du sultan Abdülhamid. Des comités de secours ont lancé des actions de solidarité. Leur pétition adressée au Conseil fédéral pour qu’il inter- vienne auprès des grandes puissances a été signée par un nombre record de 450 000 personnes, dans un élan huma- nitaire national qui a largement dépassé les considérations partisanes ou religieuses. Le Conseil fédéral n’a pas vraiment bougé, mais les initiatives privées se sont alors multipliées. Des missions suisses ont été ouvertes sur le terrain. En 1915, ce vaste réseau d’entraide, qui était toujours en place, a été réactivé. L’opinion publique a été sensibilisée. 

Comment les Suisses ont-ils été informés des atrocités subies par les Arméniens en 1915?

Les informations les plus fiables sur les massacres et déportations ont été fournies par les missionnaires des œuvres d’entraide présentes sur le terrain. Le plus connu de ces témoins oculaires était l’Appenzellois Jakob Künzler qui, avec sa femme, était au service d’un hôpital missionnaire à Urfa, au sud-est de la Turquie actuelle. Très actif dans le mouvement humanitaire, il a fourni des rapports précieux aux comités de secours en Suisse et en Allemagne. D’autres Suisses ont joué le même rôle, comme la directrice d’un orphelinat, Beatrice Rohner, à Marache puis Alep, qui connaissait très bien la région et les langues. Des informations ont aussi été transmises par la diaspora arménienne en Suisse, bien informée, ainsi que par des Ottomans musulmans opposés à la dictature des Jeunes-Turcs.

La correspondance était acheminée par des gens de confiance, la poste, étant strictement censurée. Des codes étaient parfois utilisés, comme l'expression allemande "Arme" (pauvres) pour "Arménien". Certains rapports sont passés par le canal diplomatique allemand, la Suisse n'ayant pas de représentant diplomatique en Turquie à l'époque.

«Les Suisses ont fait preuve d’une grande solidarité vis-à-vis des rescapés du génocide, comme l'a rappelé récemment le catholicos des Arméniens Aram 1er. Quelle aide ont-il apportée sur le terrain?»

L’aide suisse concernait surtout des veuves, des orphelins et de jeunes femmes ayant échappé à l’esclavage ou au mariage forcé. Au départ, il s’agissait de les cacher et de les nourrir. Le secours était très improvisé, fonctionnant grâce à des réseaux d’amis musulmans. Les missionnaires ont aussi caché des hommes, prenant d’énormes risques pour leur propre vie. A Urfa, par exemple, le couple Künzler en a abrité à l’hôpital sous de fausses identités. Il leur a fourni des vêtements de Bédouins, pour que des passeurs puissent les mener vers  des zones plus sûres au sud.

Dès 1917, lorsque la dictature s’est montrée plus tolérante une fois la destruction accomplie, des maisons d’accueil ont pu être ouvertes. A Alep, l’orphelinat de Beatrice Rohner a accueilli plus de mille enfants dès 1916. Dans la même ville, le négociant suisse Emil Zollinger a même hébergé 2000 réfugiés. Grâce à l’énorme soutien financier venu de Suisse et des Etats-Unis, les victimes ont aussi pu recevoir des vivres, des vêtements et des services médicaux.

Des actions humanitaires ont aussi été menées en Suisse...

Durant la guerre, l’entraide s’est limitée principalement à des collectes. Ensuite, la Suisse a accueilli quelques centaines d’orphelins. L’œuvre la plus connue est celle du pasteur vaudois Antony Krafft-Bonnard, qui a fondé un orphelinat en 1921 à Begnins (VD), et a ouvert l’année suivante un centre à Genève. Quelques politiciens suisses ont plaidé en faveur d’un «Foyer national» pour les Arméniens au Moyen-Orient. Les conseillers fédéraux Gustave Ador et Giuseppe Motta se sont exprimés en ce sens devant la Société des Nations. Mais l’action est restée limitée en Suisse. Elle s’est en revanche poursuivie sur le terrain, à Alep et au Liban, avec la gestion d’orphelinats et l’assistance à des camps de réfugiés, en collaboration avec des organisations internationales comme Near East Relief. L’aide aux survivants s’est pro- longée jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale grâce à la fidélité de cette «Suisse humanitaire».

En 1915, à lire les journaux, les Suisses savaient déjà tout de l’ampleur des atrocités subies par les Arméniens. Comment se fait-il que cent ans après, la Confédération n’ait toujours pas reconnu officiellement le génocide?

Cela peut s’expliquer par le caractère de la politique internationale de la Suisse. Depuis un siècle, dans cette affaire, elle reste sur sa réserve, optant pour une politique d’intérêts. Elle loue volontiers cette «Suisse humanitaire» qui a pris clairement position contre le génocide et les crimes contre l’humanité, mais sur le plan de la diplomatie, se comporte seulement comme si une catastrophe naturelle s’était passée, refusant d’assumer les faits historiques. Or ne pas dire les choses, à la longue, c’est les nier...

On a observé pareille retenue helvétique cette année, lors des commémorations du centenaire du génocide, alors que le pape ou le président allemand ne mâchaient pas leurs mots. Pareil manque de courage pourrait devenir contre-productif à la longue. D’autant plus que le problème historique des crimes majeurs niés s’accentue actuellement au Moyen-Orient et que des crimes contre l’humanité se répètent, avec de nouveaux massacres et des populations poussées à l’exil.

Une reconnaissance du génocide par le gouvernement renforcerait aussi la norme pénale contre la discrimination raciale. Est-ce que la Suisse veut garder la perspective universelle de cette loi? Le jugement récent de la Cour européenne des droits de l’homme ne demande pas de la sacrifier. Mais c’est à la Suisse de l’affirmer, tout en la mettant mieux en valeur.

Le drame arménien en direct dans «La Liberté» 

La presse romande a traité largement et dans le détail de l’«anéantissement systématique» perpétré contre les Arméniens en 1896 et 1915. Si l’expression «génocide» n’y apparaît pas – ce néologisme n’a été créé qu’en 1944 –, tous les critères de crime contre l’humanité y sont décrits noir sur blanc. Extraits tirés de «La Liberté» de l’époque.

«... La question arménienne, qui a fait et fera encore couler tant de sang, a été créée par le Sultan lui-même, qui a voulu fomenter une haine violente entre musulmans et chrétiens, car il ne craint rien tant que l’union entre ses sujets de religions différentes...» «La responsabilité du Sultan», 21 août 1896

M. Schwarz, pasteur à Fribourg: «... On n’avait pas encore d’exemple d’une pareille boucherie organisée contre un peuple désarmé, déjà opprimé depuis de longues générations. Ce peuple, habitué par une longue servitude à n’avoir plus confiance en lui-même, a été barbarement décimé; 150 000, peut-être 300 000 personnes ont péri dans les tortures ou souffrent encore de la misère lamentable à laquelle elles sont réduites, sans qu’il y ait eu de leur faute...» «Pour les Arméniens», 23 septembre 1896

«... Depuis le commencement de la guerre (Première Guerre mondiale, ndlr), les Turcs, profitant du désarroi général, assouvissent leur fanatisme dans le sang des innocents: femmes, enfants, vieillards, rien ne trouve grâce devant leurs yeux. Des nouvelles, de source absolument sûre, nous racontent les horreurs qui se commettent dans les sombres replis d’un empire agonisant, et nous osons affirmer que toutes les horreurs de la guerre européenne ne sont rien en comparaison des atrocités de ces peuples barbares qui n’ont pas encore subi l’influence des idées chrétiennes...» «La question arménienne», 6 août 1915

«... Cette déportation des familles arméniennes dans des déserts arides, à supposer même que ces malheureux arri- vent à destination, n’est qu’un massacre déguisé et ceux qui s’en vont ainsi, misérable troupeau de femmes et d’enfants, sous les coups de pied et de crosse des gendarmes ottomans, à travers les déserts de la Mésopotamie, sont plus à plaindre que ceux qui ont été massacrés dans leurs demeures et dont une balle ou un coup de baïonnette a terminé d’un seul coup les angoisses et les souffrances. (...) On évalue à près d’un million le nombre de ceux qui ont été atteints par les massacres ou les déportations...» «L’extermination des Arméniens», 12 octobre 1915 

«... La Suisse chrétienne, en face de ces éléments douloureux, saura faire son devoir. Il s’agit de sauver d’une mort certaine les restes de cette malheureuse nation chrétienne. Refuserons-nous à nos frères d’Arménie notre appui moral et matériel? Non! Plus que jamais, soyons généreux!...» «Appel à la Suisse», 23 novembre 1915

UN GÉNOCIDE ENCORE TABOU

En Turquie, l’utilisation du mot «génocide» est encore passible de sanctions. Pourtant, des voix toujours plus nombreuses s’élèvent pour que les Turcs retrouvent la mémoire. Comme celle du petit-fils de Djemal Pacha, le «boucher» des Arméniens. A voir dimanche 25 octobre à 22h sur RTS2 (à voir en ligne jusqu'au samedi 31 octobre 2015)  dans «Génocide arménien, le spectre de 1915».   

pdf de l'article de La Liberté

 

 

Pour que le génocide soit reconnu par la Suisse
25 avril 2015

Une délégation parlementaire fédérale était présente à Erevan lors de la commémoration du centenaire de ce drame.

"Nous venons de rentrer. C'était forcément très émouvant, très prenant." Le conseiller national Jacques-André Maire était à Erevan avec ses collègues d'une délégation parlementaire du groupe d'amitié Suisse-Arménie. Hier, celle-ci a assisté à la cérémonie marquant le centenaire du génocide arménien, qui a fait 1,3 million de victimes entre 1915 et 1916.

"C'était touchant. Après la cérémonie officielle, le mémorial a été ouvert à la population. Des dizaines de milliers de personnes sont montées. Beaucoup de jeunes. On sent que c'est encore très très présent dans la population" , relate le Neuchâtelois.

En Suisse, le Conseil national avait reconnu le génocide en 2003 déjà. Maintenant, le groupe d'amitié Suisse-Arménie veut sensibiliser le Conseil des Etats et, surtout, le Conseil fédéral à cette reconnaissance. Les récentes prises de position autrichienne et allemande lui donnent des raisons d'espérer. "J'espère que ça provoquera un mouvement en Suisse" , relève Jacques-André Maire.



LE CONTEXTE

L'Arménie a commémoré hier le centenaire du génocide de la population par les Jeunes-Turcs. Une délégation parlementaire suisse était présente. A son retour, elle entend sensibiliser le Conseil fédéral pour qu'il reconnaisse ce génocide.

Arcinfo.ch

La Suisse fait profil bas sur le génocide arménien
25 avril 2015

Plusieurs délégations de haut-niveau participent à Erevan aux commémorations du génocide arménien. Berne n'y dépêche que son ambassadeur en Arménie. Et ce après avoir empêché l'installation d'un monument en mémoire de ses victimes à Genève près de l'ONU. Une attitude qui suscite la consternation des Arméniens de Suisse.

«Les Arméniens de Suisse sont profondément choqués et outrés par le comportement du Conseil fédéral. Ils réprouvent cette capitulation devant le chantage que l'Etat turc exerce ouvertement sur nos institutions.»

Publié deux jours avant les commémorations du génocide arménien qui a démarré le 24 avril 1915, le communiqué pointe en premier lieu l'absence d'un membre du Conseil fédéral (gouvernement) aux cérémonies organisées à Erevan, capitale de l'Arménie, auxquelles participent notamment les présidents Vladimir Poutine et François Hollande.

Le gouvernement suisse, lui, se fera représenter par son ambassadeur à Erevan.

Par contre, une délégation parlementaire de dix députés conduite par les conseillers nationaux Dominique de Buman et Ueli Leuenberger - co-présidents du Groupe parlementaire Suisse-Arménie - représentera le peuple suisse à Erevan. Une initiative saluée par la diaspora arménienne.


Frédéric Burnand, Genève - swissinfo.ch

 

L’embarras de la Suisse
24 avril 2015

GÉNOCIDE - La question arménienne a crispé les relations entre Berne et Ankara. Etat des lieux

La question du génocide des Arméniens a toujours été un caillou dans la chaussure dans les relations entre la Suisse et la Turquie. Allant jusqu’à provoquer l’annulation d’une visite officielle de la ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, en 2003, suite au vote du Grand Conseil vaudois reconnaissant le génocide arménien. Le Conseil d’Etat genevois avait déjà adopté la même position en 2001. Il aura fallu plusieurs années pour que les relations tendues entre la Berne et Ankara s’apaisent.

La ministre suisse, directement impliquée dans le conflit, avait alors entamé une discrète mais efficace médiation pour parvenir à faire dialoguer la Turquie et l’Arménie. Mais le retour de l’affaire Perincek devant la Cour européenne des droits de l’homme, du nom de ce syndicaliste turc qui avait nié le génocide en 2007 à Zurich, a récemment ravivé le débat.

Des parlementaires à Erevan

Yves Petignat berne  - @Le Temps

Bundesrat nicht an Gedenkanlass für Armenier
02 avril 2015

Der Bundesrat nimmt an den Gedenkfeiern zum 100. Jahrestag des Völkermords an den Armeniern nicht teil – und offenbart erneut seine Mühe im Umgang mit dem Genozid.

Am 24. April 1915 liess der jungtürkische Innenminister Talat Pascha führende Vertreter der armenischen Gemeinde Konstantinopels verhaften. Dies war der Auftakt zum Massenmord an über einer Million Armeniern. Die Schweiz nahm seit je Anteil an ihrem Schicksal. Als Ende des 19. Jahrhunderts 100 000 Armenier durch osmanische Verfolgung starben, forderten rund 450 000 Schweizer (13,7 Prozent der Bevölkerung) in einer Petition eine Intervention des Bundesrats – ein bis heute geltender politischer Rekord. Inzwischen haben der Nationalrat, die Parlamente der Kantone Waadt und Genf sowie die Genfer Regierung den Genozid anerkannt. Die Schweizer Justiz hat zudem den türkischen Nationalisten Dogu Perinçek wegen Genozid-Leugnung verurteilt. Der Fall ist vor dem Europäischen Gerichtshof für Menschenrechte hängig.



Davutoglus Aussage kam nicht von ungefähr. Denn 2015 ist nicht nur Gedenkjahr. Sondern auch das Jahr des türkischen Vorsitzes der G-20-Gruppe – zu deren Treffen die Schweiz gerne eingeladen würde. Doch trotz Burkhalters Intervention und der bundesrätlichen Zurückhaltung wartet Bern weiterhin auf eine Einladung der Türkei. Bisher vergeblich.

Daniel Foppa- Tagesanzeiger

The Swiss Federal Council not to go to Armenia for the Commemoration
01 avril 2015

Bern, 01.04.2015 - The Swiss ambassador to Armenia will represent Switzerland at the commemoration of the «Armenian Genocide centennial» on 24 April in Yerevan. This is in keeping with the Federal Council's tradition of participating with the appropriate restraint and discretion in commemorations of international historic events.

The Federal Council has condemned on a number of occasions the tragic events of 1915 which led to the death of a very large number of Armenians (between several hundred thousand and 1.5 million depending on the source).

Switzerland will also continue to work towards a normalisation of relations between Turkey and Armenia. One of the provisions of the Zurich Protocols of 2009 envisions the establishment of a joint commission of independent historians from both countries tasked with re-examining these tragic events. 

www.news.admin.ch

Sarkis Shahinian, Honorary President of the Switzerland-Armenia Associationis outraged by the behaviour of the Swiss Federal Council: "I didn't expect so much fear and lack of character. Never has the Federal Council reached such a low level." read the article of the Tagesanzeiger above (in German)